Lierre en travail, site de création littéraire. 

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Lierre,

fresque

In Memoriam Albert Jacquard
et son Eloge de la différence

(Peut-être y aurait-il quelque leçon à recevoir

de la luisance permanente des feuilles du lierre :

il donne le change quand il souffre d’intempérie,

rien de lui avant la chute ne se recroqueville.

Voilà, sur le tronc mort d’un frêne, qu’il mime un cyprès,

qu’il égaye l’automnale nature de guirlandes,

endimanche de la longue semaine chaque jour.)

 

  Prélude  ( Missive à Marie de France )

Je viens de me rendre compte que vous m’avez écrit.

Il est bien tard mais nous savons le temps sans importance ;

notre réalité, n’étant rien d’autre que nos mots,

flotte par-dessus les années passées ou à venir,

et à ces deux extrémités où nous nous trouvons

ma présence n’est pas plus tangible que votre absence.

Ce que nous fûmes et sommes n’a nulle dimension,

promis à la poussière avant et après nos siècles,

laissant supposer qu’ensemble nous en sommes déjà

sans la moindre relation aux sens ou à l’apparence.

Par quête du Beau universel, par nécessité,

vous avez comme je le fais écrit pour tous les hommes,

d’où qu’au nombre de vos destinataires je me croie.

Vous et moi sommes aussi distants de l’être idéal,

non sans de vraies raisons de douter qu’un jour il paraisse ;

nous n’en prenons pas le chemin, régressant plutôt :

que vos jours fussent moins barbares je fais l’hypothèse.

Dans l’avant et l’après nous voilà deux contemporains

par-delà les limites marquées de nos périodes.

Je forme un vœu : que penchée sur mon Hedera Helix

vous prolongiez le voyage de votre chèvrefeuille,

et qu’en secret, dans l’impalpable entre-vous-et-moi

long en âme, il résonne comme le Lai du lierre.

 

I

 

Comme quelques résineux dont nos cyprès de Provence,

tu ne perds pas tes feuilles protagonistes du vent,

voyageur de l’immuable qui conserves ta voilure

pour de non immédiates traversées, insoupçonnées.

Ignorant l’effeuillement des saules ou des platanes

tu illustres le proverbe chinois selon lequel

il faut être cette source qui ne se tarit pas,

plutôt que la rivière qui inonde la montagne.

Tu génères peu d’ombre, contrairement aux pleureurs

et pour nombre d’oiseaux tu es cache, et nourriture.

Au laboratoire du quotidien je t’étudie.

L’essentiel de tes bienfaits n’est pas dans ce que tu montres

mais dans ce que, par le fond, l’on peut recueillir de toi.

La rosée du matin ou de la nuit peut te suffire,

tu prends racine dans l’air aussi bien que dans le sol ;

il n’est rien de savoir que tu peux apaiser des hommes

les arcanes, organes, troubles d’arrière-pensée,

abîmes auto induits où l’être parfois s’engouffre.

Tu sais aussi élever des esprits comme le mien,

avides d’empathie, d’ouverture, de tolérance.

 

II

 

Tu fleuris tard dans l’année, laisses tes baies aux oiseaux
l’entière saison où le froid rend leur vie incertaine ;
tu ne reçois rien en échange, offres pour offrir.

Ombelliformes, tes fruits aspectent l’inflorescence
ou s’y attardent sous le givre, qui nous le dira ?
Même pas à être admis seulement, tu ne demandes.

De ton vert sombre aux merles le dialogue contenu
suffit à l’harmonie de cet hivernal paysage,
allers retours nécessaires au passage du gué.

Loin de tuer ni blesser, tu renforces au contraire,
par j’ignore quelle alchimie notée des forestiers
refusant que l’on dégage les chênes de tes lianes.

Compagnon pour les jours de douleur ou tempétueux,
témoin et sentinelle devant le temps qui s’écoule,
seule essence que la main de l’homme n’ait pas plantée.

Les arbres qu’entiers (vivants ou post-mortem) tu recouvres,
déjà morts ou en passe de l’être, vêtus de toi
ne connaissent jamais une absence de vie totale.

L’étreinte des arabesques, prise en mauvaise part
dessinera jusqu’au bout de l’éternité leur forme ;
avec toi je crois impossible qu’ils aient tout perdu.

Fors la bonté, à cela je ne vois pas de remède,
craignant qu’il reste toujours des yeux résolument clos.
Ils sont pourtant rares par grand froid, les tue-la-misère.

 

III

 

Le liseron, ton lointain cousin du règne de l’herbe,
qui s’aventure un peu comme toi au fond des jardins,
également poussé, par nulle force en apparence
mais à vitesse plus grande, vers de moindres sommets…

Et les peuples menus du circe, de la potentille,
à l’heur desquels la terre, fût-elle pauvre, suffit,
qui se satisfont d’avancer en survolant les mottes,
à peine plus altiers que le modeste pourpier…

Et tant d’autres encore, paradis de coccinelles
autant que les légumes préférés des potagers,
doux aux insectes, oiseaux, lombrics, à toute la terre,
adventices dont on se demande ce qu’ils font là…

Leur absence le cas échéant créerait un tel manque
pour l’homme de la rue, dût-il en rester inconscient
qu’en ton être pour chacun de nous tu les favorises
contre un prétendu ordre du monde en coupe réglée.

De ces chevaliers de l’osmose, d’errance immobile
comme de toi, ce qu’on serait fondé à retirer,
à les admettre dans le respect et la bienveillance,
offrirait à l’ouverture un supplément de bonheur :

inaptitude au mépris dans la patience tranquille,
penchant à fleurir en défavorables conditions,
oubli d’aussi démunis rivaux dans la bienfaisance,
seraient le fait de chacun pour la force d’exister.

 

IV

 

Tu invites l’homme à prendre part à ton devenir

attendant qu’il t’amende, t’aide, tempère tes fougues,

désireux de composer avec lui un vrai duo,

sachant que tu n’es jamais aussi bien qu’en sa présence ;

conscient de ton propre peu tu en tires liberté

et n’as de cesse de te retrouver dans ses parages,

lui sachant gré chaque fois qu’il sait se discipliner.

Peu centré sur l’ego, ce frein de la marche du monde

tu penses moins l’individuel que le collectif,

inter milieux, couleurs de chaque chose, inter genres,

pour tout dire communautaire, au niveau mondial ;

rien ne compte plus pour toi que l’intérêt planétaire.

Aussi géniaux nous voyions-nous, nous ne sommes qu’hasard,

accident génétique, mais pleinement responsable

de l’abus pour le gain, le pillage, la destruction,

qui agira toujours en ennemi de la planète.

 

                                V

 

Tu vibres d’amitié pour un jardinier impotent

qui de longues années s’est essayé à te soustraire

de son univers sensible où de fait tu te trouvais,

quand de jour en jour le verger lui devint chimérique ;

il eut tellement de peine de devoir renoncer !

C’est sans triomphalisme que tu renais à ses arbres :

tu sais que ce n’est ni sa défaite ni ton succès.

Egaux prétendants à prendre chacun part à ce monde

vous aspirez à la même lumière, dans un jour

que trop de haine dérègle, trop d’horreurs désunissent.

Tous deux y avez une même légitimité,

vous montrant à la vie de tous également propice.

Toi qui investis seul les piliers de ses hangars,

ne donnes-tu pas une vie au métal, à la pierre ?

Sachant la plupart de tes élans sans le moindre espoir,

voué à l’arrachement, manuel ou mécanique,

tu te dresseras pourtant toujours pour nous rappeler

qu’hormis l’amour il n’est, pour personne, de providence.

 

                                 VI

 

Armoise et prêle au bord de l’eau s’en donnent à cœur joie
à élever leur tige aussi haut que la renoncule
le long du mouchoir de terre libre et luxuriant,
qui place plus haut ce qui lie que ce qui détache.

Mais bien qu’il y ait pour survivre une compétition
c’est en égales qu’elles accèdent à la lumière,
donnant moins l’impression de tuer que de s’épauler ;
le pré d’alluvions de la Sorgue est un lieu de partage.

Les herbes dites mauvaises, peuplade d’insoumis,
rayonnent d’une harmonie propice aux nuées d’insectes ;
peut-être est-ce ainsi qu’il faut entendre la création
malgré ce qui nous montre l’apparence du contraire.

Sentinelles de la silencieuse majorité,
dans leur obstination à survivre égale à la tienne,
elles ne s’aventurent plus que dans les rares champs
laissés vivants par l’homme et ses chimiques manigances.

En tous lieux tu te fiches, outre représentations,
avec ou sans misère, pollution ou allégresse,
témoin partout, témoin de tout, comme l’humain sans choix,
aussi délicat soit-il de traduire ta parole.

Mon ode sur ta vie détonne d’avec tous les chants
qui ont coutume de célébrer l’anticonformisme ;
c’est dans le cœur que sans naturalisme je te garde,
trésor de mon herbier et déjà un brin talisman.

 

                             VII

 

Doux aux mains de l’arracheur, contrairement à la ronce 

tu n’ourdis nul obstacle pour qui projette ta mort,

sans non plus te résigner à suivre l’inévitable. 

Toujours dans le sens contraire de la fatalité

tu lui opposes la persévérance de ta veille,

et n’épouses que pour accompagner, pas pour tuer.

Sur toi aussi de mille façons la Camarde rôde,

pas plus que d’autres tu n’es un gage d’éternité.

Foin des avis à l’emporte-pièce, fous d’empirisme :

tu n’assailles que l’ombre menaçant notre soleil.

A vitesse plus indolente que la vigne vierge

tu envahis l’espace, non pour arrêter le jour,

le ceins de ton écharpe doublement miroitante,

le rends plus intime, l’amenuises à ta façon

juste pour l’empêcher d’être un peu trop sûr de lui-même.

 

                                  VIII

 

De rares feuilles jaunissent et tombent au printemps
quand toutes y verdissent dans l’ascension de leur sève,
donnent l’impression d’une force que rien n’interrompt.

Elles contreviennent à des lois, en appliquent d’autres
connues des hommes à des degrés approximatifs ;
les mêmes vents secouent les jeunes et les finissantes.

Les tiennes se détendent sous le ciel comme des mains,
ignorant ce qui leur est réservé tu les avances
un peu à la façon dont on marche vers l’inconnu
qui au détour d’une route vient juste d’apparaître.

Tu confères aux gouttes de pluie, au rai du soleil
leur juste sensation de bienfaisance légitime ;
vents et orages aiguisent ton sens de la vie.
Qu’ils s’abstiennent de paraître ou redoublent de longs jours,
tu possèdes cette ressource de n’en point dépendre,
et leur signe prochain n’en sera pas moins estimé.

J’entends l’hymne à la ténacité et à l’espérance
que ta présence diffuse au cœur, silencieusement ;
tu n’as d’autre espoir que de t’accomplir. Ce que tu cherches
au tréfonds de toi-même et autour, dans tout le vivant
est la lueur de fortune, faible, qui peut paraître.
L’espoir précipite, l’espérance fait la lenteur.

 

 IX

 

T’appeler « fléau » n’est-ce pas rejeter la nature

qui t’a voulu, a soin de te faire naître partout ?

L’empire de tes chimères fragmente l’indicible ;

le ciel descend parfois se laisser vivre à ta hauteur. 

Tel jardinier se conduit civilement avec toi

quand d’autres paraissent déshumanisés par la haine,

n’acceptant pas que tu sois, car ils ne t’ont pas choisi.

Ces derniers de se prendre pour la puissance divine :

comme c’est dérisoire, pour tout dire banal !

Il y a en eux cette maléfique zone d’ombre

qui s’octroie sans scrupule le pouvoir de régenter

tout le vivant : plantes et « bêtes », nos propres semblables ;

nulle vraie puissance, juste sa représentation.

Comme nous tous ils sont sous le ciel en grande faiblesse ;   

l’ortie, douce aux malades, discrètement  avec Toi

s’efforce d’affirmer votre existence légitime,

digne de respect et de tolérance, peu reçus

par la cécité, l’outrecuidance, la malveillance ;

et la ronce, autre compagne de déréliction…

 

                                X

 

Tu t’élèves différent de tous, étranger toujours.

Il me touche qu’on ne te dise ni herbe ni arbre,

végétal si vivant, métèque partout à jamais

dont comme les bourgeons de rosier les pousses sont tendres.

Est-ce une faute que vivre sur de tels entre-deux ?

Est-il condamnable d’échapper à toutes les normes,

de s’espérer libre de se sentir chez soi partout

et de ne s’enfermer nulle part dans le vaste monde, 

avec l’itinérance pour unique identité ?

Mal toléré de ceux qui redoutent ta différence,

intégré à la seule catégorie du Vivant

sans aucun support autre que celui de la nature

qui jamais ne te chasse, de nulle part ne t’exclut.

Ce n’est pas juste aux oiseaux mais à l’homme que tu donnes

la vigueur de ta présence pour qui sait la capter,

la confiance en l’avenir, l’amour des saisons futures,

la non caducité de tes feuilles, leur sombre éclat.

Tu t’accommodes de nous qui demeurons incapables

pour beaucoup, d’ouverture devant tous nos dissemblants,

sûrs que nous sommes de l’excellence de nos critères

visant l’uniformité, c’est-à-dire la non vie.

Jamais en nul ostracisme ne me reconnaîtrai-je.

Tout dans nos vies se voyant soumis à l’étiquetage,

à la passion des titres dans les divers sens du mot,

-souvent au détriment du contenu que l’on suppose-

tu paies cher de ne pas entrer dans nos catégories ;

pour beaucoup de gens le seul aperçu vaut connaissance,

la vitesse donnant plus d’estime que la durée

dans une quête effrénée du pratique ou du commode

quand pour ta part tu files ta lenteur dans le travail…

cette valse des étiquettes, non juste marchande,

qui rend valeur et prix rarement sur le même plan,

fige en quelques secondes une vie dans les trois règnes

mais par contre, sauf un miracle, pour l’éternité.

De vieilles balivernes te font plante prédatrice

tant il plaît à d’aucuns d’écarter ou d’ostraciser ;

faut-il pour autant se résoudre à accepter du monde

mille flagrantes erreurs soutenues par intérêt,

admettre l’inique malgré les mots justes pour dire

ce qui fait honte aux hommes, les écrase, les réduit ?

 

                                  XI

 

Pourtant d’après des scientifiques tu serais arbre,
doué de vie comme d’autres, aux mêmes attributs,
sans revêtir leur apparence, ce qu’on te reproche ;
tu es résistant à tout classement dans nos tiroirs.

Vomissements vers qui pense qu’il existe des « races »
différenciant les individus selon leur couleur,
leur silhouette, leur profil, leur vie spirituelle ;
pour qui règne par édit supérieur, auto-divin
et s’accorde divers droits de commettre des violences,
quand d’autres nés pour être exploités comme des moutons,
en mal de tous les instants faute de manger ou boire,
n’ont pas juste des problèmes de vie, mais de survie.
Entre les deux bien sûr la barrière est infranchissable !

Tu es le symbole de mon pacifique combat
contre tous les obscurantismes et les extrémismes.
Frère du silence tu t’exprimes par le non-dit
en faveur de l’ouverture à l’autre, la tolérance.
Après ce qui le contre-indique et le renie,
qui exhibe la preuve contraire ou le détourne,
restera-t-il possible de chanter l’amour ?

Je veux juste te nommer, Hedera. Je te l’adresse,
ce chant Helix qui décline aussi ta fragilité 
et souligne une part de ton bienfait sur cette terre.
A toi de recevoir maintenant, qui as tant donné.

Je veux écrire aux hommes un lai de cœur solidaire,
qui se reconnaît mieux dans le petit que dans le grand,
et sans se mettre en avant point non plus ne se résigne,
ce murmure d’un proche, d’outre continents et mers,
distinct de celui du rossignol ou du chèvrefeuille,
sans engeôler sa mémoire, il ne les oublie pas
et dans la même faiblesse muette, leur ressemble.
Il se porte jusqu’à leur seuil sans précipitation.

Il serait bon que l’âme, foyer de résilience,
parmi toutes les bassesses des hommes en folie
refasse valoir sa suprématie originelle
sur le sadisme du mal, le scandale des violences
visant les précaires, sans armes, partout perpétrées.

 

XII

 

Toi seul, en tous paysages, accompagnes mes marches
et sembles faire tienne la quête de mon esprit ;
presque toujours . Dans les autres cas je t’y invente
pour te voir occuper tout l’écran de mes souvenirs.

Puisqu’il suffit que je te nomme pour que tu existes
tu plies, sinon d’angoisse de mourir, de solitude,
des regards tournés vers l’ailleurs, de leur évitement
que je sais être tellement plus banal, plus sinistre.

Quoique des ignorants te tiennent pour un ennemi
il me plaît en certains lieux de te voir couvrir les tombes,
maintenir contre la pierre un mince filet de vie.
Nul obstacle n’enfreindra ta présence sur la mienne…

Epilogue

1- C’est ainsi  (Echange sur un terrain vague)

Que te trouves-tu ici parasite impitoyable
qui n’as de cesse d’abolir toute vie en ces lieux ?

-Je ne me nourris pas de la sève de mes semblables
et tire exclusivement la mienne, depuis le sol.

Le terrain vague laissé exprès pour nos caravanes
s’enlaidit de broussailles où tu règnes en seigneur.

-Au contraire : je suis des pouvoirs la négation même
et les tiens à distance, ni subis ni exercés.

Puisque tant de climats et latitudes te conviennent
d’où tiens-tu l’étrange don d’être partout à la fois ?

-Je pérégrine au centre de l’intense, sans extase,
à toujours mieux aimer nos prochains de mes attributs.

Je dois te détruire pour aménager cet espace,
rendre un tel lieu sinon agréable, au moins serein.

-A ma façon je préserve la nature sauvage
dont si je ne m’abuse tu fais toi aussi partie.

Avec l’harmonie du monde tu es incompatible,
on aime rêver de paysages sans ton fléau.

-Je suis lierre mais plante, comme toi gitan, mais homme ;
nos règnes ne sont pas face à face pour s’abolir.
N’est-ce pas à toi aussi qu’est adressé le reproche
d’émerger d’on ne sait où sans justice ni raison ?

Me voyant dans ce miroir que tu tends je prends conscience
des peurs insanes qui sourdent du plus profond de nous,
occupant tout l’espace de la pensée et du verbe,
d’où germent les regards détournés, les antipathies.

-En contributeur de l’atmosphère que tu respires
je suis nécessaire à l’oxygène pour ta survie.

« Contraire à tous les pouvoirs existants » ? J’en sais un autre
dont la route est maison, qui habite le mouvement.

-Nous avons mieux à faire que nous empêcher de vivre ;
des allées prestigieuses sommes ensemble écartés.

En chœur :
L’un et l’autre générons de la beauté dans ce monde,
en artistes nous sommes réellement incompris
d’esprits et de cœurs sommaires, aux panurgiens réflexes
qui détruisent, décapitent, veulent tout aplanir ;
en retour de nos élans nous ne glanons que sarcasmes,
gouffre de mésintelligence devenu normal
Ô préjugés, ô paresse des idées toute faites :
ce que nous souffrons ici, nous le souffrons tous les jours.

 

2 - Chant du lierre

Ce compagnon-ci, à la défaveur de celui-là ?

Je fais mes choix, je n’escorte pas tous les arbres

qui invisiblement lient le ciel à la terre.

(Il n’y a jamais de frisson sous mon étreinte.

Je fais corps, et il n’y a pas plus seul que moi.

Je n’ai pas de branchages pour héler le vent,

pourtant je suis attente, je prends part au jour.

Mes torsades sont une route compliquée

où j’erre, unique et immobile voyageur

qui sans geste pétrit parfois jusqu’à tuer

des formes vagues dans les brumes, des soupirs.

Lorsque l’espace se dépouille, se hérisse

comme une bête dans l’enclos froid de son ombre,

de moi vers l’infini nulle feuille n’émigre,

je me résume, me rassemble, m’affermis

sous les remous de l’air, dans le tremblant secret

d’un lézard lui aussi sur ce gué des saisons,

mais n’abrite un serpent de mes courants contraires

qu’avec la haine sourde d’un miroir violé.

Pour capter mon murmure aux froids vifs, il faudrait

se pencher près de moi, presque me devenir.)

 

L’auteur :
 
Homme de lettres, originaire de l’Isle sur la Sorgue, vit en poésie depuis l’enfance.
Retiré de l’enseignement secondaire puis supérieur depuis octobre 2010. ( Membre des jurys de recrutement de professeurs, formateur IUFM de l’Académie de Créteil, Universités Paris 12 et Paris Est Descartes Marne-la-Vallée,)
Prix Froissart 79 pour  Vers Barbarenque , publie dans cette foulée nombre de poèmes en revues, européennes (Sud, Europe, Revue de Belles-Lettres, Courrier International d’Etudes Poétiques, Poémonde, Marginales, etc.) et américaines (World Literature Today, Books Abroad). A cessé par choix depuis 1984 tout envoi de textes ou contributions aux revues papier, jusqu'en juin 2015 où il donne à La Revue des Archers sa dernière pièce (PLATANES) insérée dans le numéro 26 : Théâtre.
Présent-absent sur sa page facebook, il suit ses chemins d’écriture plus que jamais marqués par l’exigence en tous domaines, (poésie, théâtre, romans, chansons, articles, littérature enfantine) notamment dans le soutien de causes humanitaires et caritatives.
Entre autres : membre d'Amnesty International.
La pièce PLATANES représentée à L'Isle sur la Sorgue fin avril 2018 a obtenu un succès populaire exceptionnel, comme à Fontaine de Vaucluse en novembre 2018, et à nouveau à L'Isle sur la Sorgue le 2 mars 2019. Les 3 représentations données à ce jour ont été chaque fois un véritable triomphe. Les lecteurs de passage peuvent en visionner un extrait grâce à l'ami que nous remercions chaleureusement ici : le vidéaste professionnel Roger Neukens. ( lien ci-dessous). L
e spectacle soit repris en 2020, à la demande d'un large public, de personnes qui ne l'ont pas vu ou veulent le revoir. .

Vidéo :- Extrait de la représentation de Platanes (oeuvre gracieuse de M. Roger NEUKENS)

Vidéos : Dialogues Poésie / Peinture

- Tableau sonore ou image mentale (années 70) Némège

- Avec les calligraphies de l’artiste belge Michèle Lenoir : été 2015 à la médiathèque de Colmar. Tournage transmis par la chaîne alsacienne TV7 : Exposition Hommage au Père libérateur.

- Van Gogh a 34 ans (trois années avant son décès), à Auvers-sur-Oise : Paris, Eté 1887

- A partir de son Autoportait à l’oreille bandée

 

Cadrage de l'Association Musèmes à l'Isle sur la Sorgue, culturelle, citoyenne et ouverte à tous. Texte H-L. Pallen : Epars

Quelques articles publiés :
Ignitiés par Albert Jacquard http://www.lacauselitteraire.fr/ignities-par-albert-jacquard
Promenade informelle dans le verbe de René Char http://www.lacauselitteraire.fr/promenade-informelle-dans-le-verbe-de-rene-char
Lecture de 'Olivier', roman de Jérôme Garcin : http://www.lacauselitteraire.fr/olivier-jerome-garcin
Lecture de L'Accident de Soi, roman de Jeanne Orient : http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/culture/litterature/item/l-accident-de-soi-jeanne-orient
Lecture de " Quatre saisons plus une", recueil de poésie de Alain Hoareau : http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/culture/litterature/item/quatre-saisons-plus-une
Lecture de " Le prophète du néant ", de Jean-Claude Crommelynck alias Ceejay : http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/culture/litterature/item/le-prophete-du-neant

 

Le site :
Lierre : plante non parasite, tueuse d’aucune autre, rampant qui cherche la lumière et fait l’objet d’un ostracisme que je regrette. Justement opportuniste, courant au ras du sol dans le seul but de s'élever (par la hampe, le piquet, le tronc d'arbre mort ou vif, le mur qu'il rencontre), n'est-il pas symbolique de nos chemins de vie ?... Pour toute conscience lucide de notre  condition, des efforts (souvent vains !) de nous tous pour nous élever ?...

Travail : sens obstétrique, prix organique de chaque mot à écrire, avec son indispensable équivalent en vécu sans lequel guette la parole inflationniste, la concession au joli, distinct du beau et trop souvent contraire du vrai.

NB : Les passants par ce site qui pourraient souhaiter reproduire sur leur mur fb un ou plusieurs des textes montrés, suivi(s) évidemment de l'adresse www.lierreentravail.com sont autorisés à le faire.

 

CENT ĒPANCHEMENTS DANS LA PARENTHĒSE D’UN PRĒNOM :

Quête d’un fil d’Ariane de l’amour, visage et prénom, dans le labyrinthe du quotidien. Je ne suis en rien son Thésée, et si le combat contre mon Minotaure est perdu d’avance, l’éparpillement du monde m’est moins labyrinthique avec elle depuis 40 ans ; d’où le fait que dans la césure de ‘Brigitte’ s’immisce une pléiade d’émerveillements et affres, éclairs de poésie et tonnerres prosaïques.

 

 

Quatrième de couverture :

Ces strophes aux mètres variés ne se veulent qu’ébauches pour penser l’homme dans l’environnement éclaté du monde actuel ; ceci, au travers du prisme d’une écriture minimale et intimiste. Ilots de sens en suspension ou à la dérive, elles évoquent pour l’imaginaire les rondeurs caillouteuses ou nuageuses des toiles d’un Joan Miro.

Fin ou début d’un monde : quel recours autre pour le poème que l’instillation vacillante entre l’espoir et son contraire, mi-chemin entre les « avant-coureurs candides » ou les « survivants hébétés », évoqués en son temps par l’homme des Busclats ?

Henri-Louis Pallen publie ce livre au bénéfice de l’association citoyenne et ouverte à tous qu’il a créée et préside : MUSÈMES

Ed. Edilivre, 104 p. – Janvier 2017
ISBN : 978-2-3334-21972-3
Prix unitaire : 10,50 €

 

 

 

 

Le Cri d'Edward Munch

 

Tableau

N’était-ce la constance des interférences qui
de toutes natures à chaque instant nous invalident
dans des situations diverses du soir au matin,
savent empêcher la bonté d’être prise pour telle,
la charger de suspicion sans le moindre fondement,
brouillant les messages reçus, plus encore ceux qu’on lance,

n’était-ce la joie de distordre, la jubilation
de médire, railler les élans du cœur ou les taire,
de la malveillance du doute en gauchir la chaleur
et opter de froid concert pour la haine et sa brillance,
avec comme effet immédiat une glaciation
d’un coup stérile et stérilisante sur les deux rives,

n’était-ce le sort souvent réservé à l’innocence
à piéger de toute façon dans sa crédulité,
la prédation devant se dérouler dans un coin d’ombre
de préférence, comme la lâcheté fait toujours,
n’étaient-ce les bassesses appelées des coups en douce,
rendues on ne peut plus banales dans le quotidien,

communiquer pourrait être beau, sans la salissure
de l’inexact, de l’omission, de la contrefaçon,
la flétrissure à quoi le désenchantement fait suite,
les affres du cynisme avec le procès d’intention,
la lumière du soleil dépasserait l’épiderme
pour atteindre le cœur et bonifier les regards.

Il suffirait de bien peu pour qu’enfin en ce bas monde
il fasse bon vivre pour chacun, indépendamment
de l’ethnie, des pouvoirs ou des  intérêts de tous ordres,
des préférences intimes, de l’argent, de la foi,
pour qu’au lieu de la béance d’où son grand cri nous souffle
le personnage écrasé d’Edvard Munch puisse sourire.

 

 

Photo B. Pallen

Habiter la terre

La souche coupée dont les bras dépassent du grillage
paraît ne rien entendre aux barreaux de cette prison
alors qu’enfin allégée du reste de la voilure
elle eût vécu le mystère de sa dissolution.

A la dictée des règles de Kronos la voilà soumise ;
animée beaucoup plus qu’il ne semble, elle est debout,
ne perdant pas de vue le versant choisi de sa geôle
ni son vœu de l’atteindre, sous quelque aspect que ce soit.

Le cœur saisi je vois en elle l’esprit de la terre
en proie à l’inacceptable du sort qui lui est fait,
souillée comme jamais par la verse du sang des hommes,
refusant de s’en repaître et de les vampiriser.

Son espoir n’est pas de quitter la condition de gnome,
elle s’accommodait de la terre et de la forêt
tant qu’elles n’étaient  pas empoisonnées par la violence ;
Il n’est plus d’autre issue pour elle que la poésie.

 


 


Au Bœuf écorché 

A force d’être trompé dans ta quête de sourires
tu as trouvé ce que tu n’étais pas venu chercher.
Des yeux dans l’ombre s’enthousiasmaient de ton allégresse,
de ta dilection pour l’herbe douce de la prairie.
Les petits jours y succédaient aux nuits dans le silence,
la pâture te tenait lieu de promesse infinie,
tu n’apercevais rien dans tout le miroir de verdure
qui ne construisît, ne légitimât ton bel aplomb.
A peine, certains soirs, le chant cuivré de la lumière
laissait-il s’immiscer la tonalité du péril,
très au-delà de la frêle portée de l’innocence.
Selon ton rêve l’obscur dans le clair n’existait pas.
Rien dans ta représentation du monde n’était rouge.
Etranger à toute violence tu t’es fait broyer
et offres pour jamais à notre vue cette dépouille
par laquelle l’homme aussi peut être représenté.
Œuvre basse d’un bourreau en même temps que chef-d’œuvre
te voilà offert à nous dépecé, éviscéré,
pattes postérieures comme en croix, presque ridicule,
sans tête, attaché à ta corde, dégoulinant.
Trace affichée de quelque cognitive bacchanale
et source de la même clarté que les jours obscurs,
plus beau que l’anonyme tueur que je symbolise,
dont Rembrandt a dû peindre le portait en négatif.
La chaleur de ton souffle me touche le cœur encore
dans la crèche de mes pensées, mon intime Lascaux.


 

En remerciant l'artiste de la photographie M. Claude Baudoin pour sa permission d'intégrer.

 

Plaidoyer

Le coquelicot, en voisin du blé ou du colza,

s’il sait s’aventurer parmi eux, préfère leur marge ;

peut-être est-ce juste qu’il ne se sent pas désiré,

n’étant pas plus agoraphobe, pas moins grégaire.

De toutes parts, des indigènes il se sait mal vu.

On le repère pourtant aisément dans un ensemble.

Ses pétales ondulant aux vents comme des drapeaux

inspirent sans doute moins la rigueur que la souplesse,

la mesure de la production que la fantaisie,

les supputations ou escomptes, que les jeux de chance,

les naufrages de la misère, la précarité.

Veut-on se débarrasser de lui, voilà qu’il s’obstine,

la tige toujours dansante dans sa gracilité.

Il s’accommode même de courir le long des routes

et en des lieux divers, de braver toutes les saisons.

Idem dans l'angle aride du bitume et de murailles :

il se montre comme ça lui chante, comme il lui plaît.

S’il ne se mange, se vend, pas plus qu’il ne se transforme,

s’il nous semble, comme aux abeilles, sans goût ni parfum,

s’il ne donne au demeurant ni fruit, ni graine ni gousse,

si sa fragilité le rend réfractaire aux bouquets,

ses touches de sang sur les tons jaunes ou le vert tendre

nous le montrent aussi riche de sa seule beauté.

A distance parfois l’on distingue mieux sa présence :

çà et là une crête rouge sur un champ de blé

montre insoumise, indifférente à la malveillance

l’étrangère qui prend le contrepied de tant de fleurs

en même temps qu'à sa façon elle les aime toutes.

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